Pourquoi évoquer la neurologie et plus précisément la question des neurones miroirs en relation avec le travail de souffle-voix proposé par l’Art du Chant, en particulier au cours des stages ?

Une de mes élèves, vedette du café-théâtre que je guide régulièrement dans son coaching vocal, me dit à la fin d’un stage : « Un stage, ça correspond à dix cours individuels, donc je reviendrai dans trois mois ». Or, au cours du stage et comme tous les autres participants, elle avait fait quatre passages – un par demi-journée – plus courts même que lorsque nous travaillons en individuel. Et pourtant, elle avait effectivement réalisé des progrès correspondant bien à dix séances individuelles. Ce constat est d’ailleurs partagé par l’ensemble des pratiquants ayant expérimenté à la fois le travail individuel et les stages collectifs : « Pourquoi progresse-t-on autant lors des groupes ? »

neurone miroirD’une manière générale, nous disons que cela provient de la dynamique du groupe. D’expérience, et ce dans tous les groupes de travail induisant un développement personnel, les participants à de tels groupes ont toujours senti qu’il existait un phénomène d’émulation, de soutien et de symbiose qui émergeait grâce à la présence des autres. Mais désormais et au-delà de ce ressenti, nous avons désormais une explication scientifique à ce phénomène : les neurones miroirs.

Découvertes dernièrement dans les années 1990 chez l’homme par le professeur Giacomo Rizzolatti, les cellules du cerveau nommées neurones miroirs sont supposées refléter le monde extérieur et s’activent quand on réalise une action et quand on observe quelqu’un la réaliser. Elles dévoilent comment l’être humain comprend les intentions d’autrui et apprend une nouvelle tâche. C’est dans ce deuxième cas que nous pouvons établir un lien avec le travail en groupe du souffle-voix. Assister aux passages successifs des différents participants va beaucoup plus loin qu’une simple attention au déroulement du travail de l’autre. Les efforts des autres participants, leurs progrès et les aspects particuliers travaillés au cours de la séance s’inscrivent chez ceux qui y assistent, les neurones miroirs jouant dans notre évolution un rôle important dans l’apprentissage par imitation.

Par ailleurs, les neurones miroirs sont réputées sélectives et ne se focalisent que sur une certaines catégorie d’action. Et c’est bien ce qu’il se passe lors des stages. Nous ne parlons pas entre nous lors des séances, chacun reste à sa place et toute notre attention est exclusivement concentrée sur le travail en cours, si bien que nous profitons pleinement des efforts fournis lors des passages des différents participants. Ce travail se loge non seulement dans notre système neurologique mais par extension, nous pouvons le ressentir dans notre corps tout entier. De passage en passage, il est fréquent qu’une personne se présente pour travailler et qu’elle ait intégré physiquement le passage des personnes précédentes : un corps plus énergique, vertical, ou alors avec une ouverture de la cage thoracique que nous n’avions pas pu observer jusqu’alors.

On parle parfois de quelque chose de magique qui se manifeste lors des stages, comme une énergie qui nous dépasse et que l’on partage. Aujourd’hui, cette magie est désormais explicable. Visiblement, la nature fait bien les choses…