Au départ, certaines personnes qui viennent me voir et participent à mes leçons de chant bougent.

Elles bougent même parfois énormément : elles bougent les bras, elles passent d’une jambe à l’autre, font des mimiques avec la tête. Parfois mêmes, elles ne tiennent plus en place et font un petit tour dans l’atelier de chant.

Trouver dans son chant ce qui ne bouge pas

On ressent dans ces cas-là une certaine dispersion. Mais à vrai dire, une telle situation est tout à fait normale.

Travailler sa voix dans la méthode du souffle-voix revient à retrouver un axe, une verticalité et un centrage à partir desquels notre voix et notre chant vont pouvoir se déployer.

Se présenter à un cours de souffle-voix revient donc à faire un état des lieux de toutes les habitudes et les réflexes énergétiques que nous avons et qui nous font sortir de notre axe.

Dans le travail vocal, nous sommes l’instrument. Lorsqu’on pense à un instrument, quel qu’il soit, nous visualisons sa structure stable et sa géométrie harmonieuse qui permettent d’obtenir une certaine qualité de son. Nous imaginons mal qu’un instrument puisse continuellement être démonté et remonté au fur et à mesure que l’on en joue.

Dans le même ordre d’idée, tel un instrument, nous devons nous efforcer dans un premier temps de ne pas bouger lorsque nous travaillons notre voix. Nous pouvons même nous imaginer que nous devenons identiques à une statue.

Il s’agit là d’une apparente contrainte. Pour beaucoup, se voir empêché de bouger est quelque chose de difficilement envisageable. Et pourtant, ce qui semble être une contrainte est le chemin vers une véritable liberté dans l’expression de sa voix, de son chant, et plus loin, dans son propre état d’être :

  • L’immobilité concerne seulement notre structure corporelle : le souffle et la voix sont en mouvement et circulent dans une structure stable, qui ne s’éparpille pas.
  • Ce mouvement souffle-son dans un corps immobile nous amène à une plus grande tranquillité, et même progressivement à une véritable intériorité.
  • Nous perdons habituellement beaucoup d’énergie avec des mouvements inutiles. Ici, nous nous connectons à ce qui est véritablement essentiel pour notre pratique vocale. Nous nous affranchissons des réflexes parasites et retrouvons dans notre voix et dans notre corps une plus grande harmonie.

Nous avons constaté dans le livre « Les Bases du Travail Vocal » que l’un des exercices privilégiés pour ressentir cette stabilité était l’apnée. Dans la méthode du souffle-voix, les exercices vocaux et respiratoires sont parfois ponctués d’apnées au cours desquelles le mouvement de la respiration s’arrête. Nous arrêtons également de chanter et le corps reste immobile.  C’est un petit peu comme si le temps se stoppait, et dans ce moment, il n’y a aucun mouvement de trop.

Et progressivement, nous pouvons prolonger dans notre chant cette sensation de l’apnée et ressentir dans le mouvement souffle-son cette dimension où notre axe le plus essentiel ne bouge pas.

Et là, un grand paradoxe intervient : mieux situé dans notre axe et notre verticalité, il devient alors possible de bouger à nouveau – sur une scène, dans la vie de tous les jours… – mais sur de nouvelles bases.

Nous ne sommes plus guidés dans nos mouvements par des habitudes énergétiques mais, au contraire, par une conscience nouvelle à travers laquelle, même en mouvement, nous gardons en nous cet axe bien établi.

Cette stabilité se manifeste lorsque nous parlons et lorsque nous chantons, mais aussi dans tous les moments de la vie quotidienne durant laquelle un nouvel ancrage s’établit progressivement.

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Photo de statue – 2m1vfo