Garder l'air en chantant : l'exemple de Victor sur My Way (Star Academy)
25 octobre 2025
La nouvelle saison de la Star Academy venait de commencer, pour la première prestation de Victor. Avec les nouveaux élèves d'un concours comme celui-ci, on se demande toujours s'ils auront le niveau. Victor s'attaque à « My Way » de Sinatra, dans la tonalité d'origine — un défi en soi, pour une chanson de nostalgie écrite pour une voix plus âgée.
Au départ, j'avoue avoir été un peu déçu : il chante bien, c'est bien posé, mais sans grand effet. Puis vient la fin, et là, un grand moment : une note tenue pendant plus de 20 secondes. Tout le monde est conquis, les réseaux sociaux s'enflamment, et c'est mérité. On se souvient d'un exploit similaire l'année précédente, avec une autre candidate qui avait tenu la note finale de « All by Myself ».
Au-delà de la prestation elle-même, une question se pose : comment a-t-il fait ? Cette manière de tenir le son n'est pas un miracle : c'est une construction, avec une logique à la fois corporelle, respiratoire et vocale, qu'on peut décortiquer en trois facteurs.
Premier facteur : la stabilité du corps
Tout au long de sa prestation, le corps de Victor ne bouge pas : pas d'épaule qui monte, pas de tête qui part en avant, pas de tension parasite. Il est complètement stable et ancré. Toutes les parties de l'instrument chantant, et les parois qui le contiennent, sont parfaitement en place. Cette stabilité, cette concentration, c'est la base absolue pour tenir un son aussi longtemps : si le corps est instable, si les appuis sont flottants, l'air s'échappe et le son s'arrête très vite.
Le corps est comme une boîte de résonance : c'est le cadre nécessaire pour chanter et contenir le son, installer la pression de l'air et maintenir tout en place. La différence est flagrante entre une version où le corps reste stable, et une version où l'on bouge : dans ce second cas, l'air fuit, et le son ne dure pas longtemps.
Deuxième facteur : anticiper la respiration
Rien n'est laissé au hasard chez Victor — et c'est un conseil essentiel à retenir en abordant un air ou une chanson : en repérant l'enchaînement des phrases musicales, certains moments demandent une véritable anticipation. Juste avant sa note tenue, il prépare le terrain : il fixe d'abord la syllabe qui précède, puis prend une vraie respiration, ce qui lui donne un appui solide et tout l'air nécessaire pour produire le son.
C'est peut-être votre cas aussi, dans les passages difficiles des chansons que vous abordez. Il est très important de bien stabiliser la dernière syllabe avant un tel passage, et de respirer pleinement pour l'aborder efficacement. La différence entre une préparation bâclée — voire une respiration oubliée — et une préparation comme celle de Victor est colossale : en préparant bien, on se donne un confort indispensable pour ce type de performance. Ne vous jetez jamais sur une note longue sans vous être d'abord stabilisé et avoir respiré pleinement.
Troisième facteur : l'appui sur le son
Le troisième facteur, c'est d'avoir un appui sur le son — une notion qui peut sembler obscure, mais qui dépend très concrètement de l'articulation du son. En prononçant pleinement certaines syllabes, il se crée un effet de ventouse : quelque chose s'accroche et se fixe. Sur « My Way », l'appui se fait notamment sur le W, ancré comme une prise ferme plutôt que lâché. Une fois cette place trouvée, l'air ne se disperse plus, le son est plaqué, compact, et peut durer.
C'est là la vraie économie du souffle : pas forcément moins d'air, mais surtout moins de perte. La différence s'entend nettement entre un son sans appui, et un son où les syllabes sont bien accrochées : bien plaqué, le son se fixe, vibre, et tient dans le temps. C'est exactement ce qu'a fait Victor.
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