Ouverture de bouche : ne pas serrer (l'exemple de Jeanne, Star Academy)
13 décembre 2025
Ouvrir la bouche en chantant, beaucoup ou pas beaucoup ? C'est une question que tous les chanteurs se posent, souvent avec beaucoup de confusion et d'idées reçues — et pourtant, c'est une question fondamentale.
Il y a en réalité trois cas de figure : une bouche trop serrée, une bouche trop ouverte, et la bonne ouverture. Toute la stabilité de la voix dépend de la capacité à maintenir cette bonne ouverture, en évitant de tomber dans les extrêmes.
Le repère : le son A
Doit-on ouvrir la bouche en grand ou non ? La vérité, c'est que les besoins varient d'une personne à l'autre : certains auront besoin d'ouvrir davantage, d'autres de se contenir. Le problème survient lorsqu'on applique une règle universelle à tous les chanteurs, sans tenir compte de leur morphologie et de leurs particularités — certains se retrouvent alors bloqués en appliquant un conseil qui ne leur convient pas.
L'ouverture idéale, c'est celle que l'on identifie en prononçant le son A de manière franche et profonde. Le A est un son complet, qui rassemble toutes les qualités d'une émission équilibrée : bien placé, il ouvre naturellement la bouche à sa juste résonance. Cette ouverture crée une structure stable et dynamique autour de la mâchoire : les mâchoires supérieure et inférieure s'équilibrent, la jonction à l'arrière agit comme un fixateur, et avec les dents devant, la mâchoire prend une forme géométrique proche du rectangle. C'est cette structure rectangulaire qu'il faut chercher — ni trop ouverte, ni trop fermée, conforme au son A.
Si cette structure est perturbée, le rectangle bascule vers une forme de cône : trop fermé, le cône se forme vers l'avant ; trop ouvert, il se forme vers l'arrière. Dans les deux cas, la voix devient instable, perd sa direction, et le chant devient un combat où l'on force. Sur la vocalise « yé yi you ya », la différence est nette entre une version trop ouverte, une version trop fermée, et la position rectangulaire : le son reste centré, vibrant et fluide. Cette structure n'est pas figée — elle vit, s'adapte aux différentes syllabes — mais elle sert de repère permanent.
L'exemple de Jeanne (Star Academy)
Jeanne est une élève exceptionnelle, pleine de musicalité et de sensibilité — certaines de ses prestations figurent parmi les plus belles de la saison, notamment un duo où elle a littéralement rayonné de charme et de justesse. Mais une prestation a été plus difficile : la toute première battle de la saison, sur une chanson exigeante et dans un contexte de haute tension.
Dans cette interprétation, les premières phrases étaient parfaitement posées, avec son timbre personnel fonctionnant très bien sur la chanson. Mais à un moment, la mâchoire se resserre vers l'avant, le son se bloque, le visage devient tendu. Deux éléments expliquent cela : d'abord, l'intensité du passage — elle aborde le refrain et a besoin de plus de puissance, et n'étant pas une grosse voix, elle se met à forcer ; ensuite, les syllabes chantées, avec un son « in » qui a justement tendance à refermer la bouche et à faire monter le son vers le nez. Le résultat : tension, resserrement, et même une perte de repère rythmique en fin de passage.
Deux conseils pour garder le cap
Premier conseil : garder la mémoire de l'ouverture sur le A. Même si une syllabe pousse à refermer la bouche, la référence doit toujours rester cette ouverture initiale. Imaginez un capitaine qui tient la barre de son navire : s'il y a une vague, il corrige la trajectoire, mais sans jamais lâcher la direction. Si un son pousse à refermer, on répond par un mouvement d'ouverture qui rétablit l'équilibre.
Cette ouverture de bouche est aussi le reflet de la posture globale : le corps entier forme une membrane, des zones basses de soutien jusqu'aux zones hautes de vibration et d'émission, maintenue notamment à l'arrière. Pour la mâchoire, c'est la même logique : la zone basse, c'est la mâchoire inférieure ; la zone de vibration, la mâchoire supérieure ; et l'arrière de la mâchoire représente cette membrane entre les deux pôles, tous reliés entre eux. Quand la bouche s'ouvre correctement sur le A, c'est toute la structure corporelle qui s'accorde ; si la mâchoire se resserre, c'est l'ensemble de l'instrument qui se contracte et se met sous pression.
Deuxième conseil : jouer sur l'aspiration du son. Lorsqu'une syllabe risque de resserrer la bouche, on peut dédoubler légèrement les consonnes à l'attaque de chaque syllabe pour garder du dynamisme et de l'ouverture — une forme d'aspiration qui rend l'attaque plus active et maintient la direction de la voix.
Tenir le cap
L'image du capitaine reste la meilleure : chanter, c'est tenir le cap, et même quand la mer se fait agitée — un passage difficile, une tension, une voyelle délicate — il faut garder le cap de l'ouverture. Jeanne, depuis, a beaucoup progressé sur ce point : davantage d'ouverture et de profondeur, signe d'un vrai travail d'intégration.
Mais retenez bien ceci : la position de bouche est propre à chaque chanteur. Il ne s'agit pas de copier une forme, mais de trouver sa propre structure d'équilibre, et de l'entretenir comme un geste vivant. Faites le A, observez l'ouverture de votre bouche, entraînez-vous à maintenir cette position et cette sensation dans tout votre chant — y compris dans les passages délicats.
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