L'Art du Chant

Ouvrir la bouche pour chanter : pas trop ! (l'exemple de Léa, Star Academy)

15 décembre 2025

L'ouverture de bouche est un point fondamental du chant. En chantant, il est indispensable de trouver une position de référence qui stabilise la voix et permette de la guider. Mais l'enjeu ne s'arrête pas là : il faut surtout la maintenir continuellement, en évitant les déséquilibres qui surviennent au fil du chant.

La position idéale de la bouche s'aligne sur l'émission du son A, franc, profond et vibrant. Elle s'organise selon une géométrie stable, qu'on peut assimiler à un rectangle — cette forme rectangulaire de la mâchoire est garante de la stabilité vocale. Le problème survient lorsque cette géométrie évolue vers une forme conique, soit parce que la bouche est trop ouverte, soit à l'inverse parce qu'elle est trop serrée, refermée sur le devant. Dans les deux cas, la voix devient instable.

Sur « Rien de rien » de Piaf, on peut comparer trois versions : trop fermée, en cône vers l'avant ; trop ouverte ; et la position équilibrée, formée à partir du A et maintenue. On entend directement que les positions extrêmes perturbent la qualité de la voix, tandis que la position d'équilibre la laisse stable, bien guidée et musicale.

Le piège de l'ouverture excessive

Un cas délicat concerne l'ouverture trop large de la bouche. On encourage souvent les chanteurs, notamment en chorale, à ouvrir excessivement, en leur garantissant que la voix sortira mieux ainsi. Pour certains, cela fonctionne ; pour d'autres, cela crée une détente excessive, quelque chose qui lâche complètement au niveau du corps : l'instrument ne tient plus, la voix est livrée à elle-même, part dans toutes les directions, n'est plus canalisée.

C'est ce qu'on observe chez Léa, candidate de la Star Academy. Léa est une excellente chanteuse, avec beaucoup de richesse et d'expressivité dans la voix — mais le risque, justement, pour une voix riche, c'est de se répandre excessivement, au point de devenir difficile à contrôler, avec des moments moins harmonieux.

Un exemple concret : « Et bam »

Dans sa prestation de la deuxième semaine du concours, sur « Et bam » de Mentissa, Léa ouvre parfois beaucoup trop la bouche, rendant le son incontrôlé — avec, en plus de cette ouverture en cône, un second phénomène : une cassure au niveau de la nuque, en particulier sur les aigus, en pensant que « couvrir » de cette manière faciliterait les choses. À ce moment-là, c'est comme un instrument que l'on tordrait, remettrait, puis retordrait : il n'y a plus de structure stable, géométrique, harmonieuse, pour soutenir le chant. En maintenant au contraire la position de référence sur les mêmes phrases, le résultat est nettement mieux tenu, mieux dirigé.

Pour être honnête, cette prestation n'était déjà pas si mal : beaucoup d'émotion, une voix dont on sent le potentiel énorme. Et au fil du concours, on observe chez Léa de plus en plus de stabilité. Une seconde prestation, un duo avec Lyn, le confirme : l'ouverture excessive est beaucoup moins marquée, même si quelques tendances subsistent, là où la partenaire de duo, elle, ne bouge quasiment pas — une stabilité qui s'accompagne d'un autre phénomène technique : un léger dédoublement de certaines consonnes (le J, le S), qui permet d'attraper le son sans le laisser partir.

Canaliser sans se rigidifier

Dans votre propre chant, efforcez-vous toujours de canaliser cette position, sur une forme unique. Il y a bien sûr des évolutions en fonction des notes et des syllabes, mais évitez de quitter cette position de référence — notamment dans l'aigu, où la tentation de lâcher et de pousser est la plus forte. La puissance de la voix se canalise à condition que l'instrument reste bien établi, sans décalages intempestifs.

La mâchoire n'est pas un élément isolé : comme membrane, elle reflète une membrane plus globale, celle de tout l'instrument. Chez Léa, on le voit bien : quand la mâchoire s'ouvre excessivement en cône, le corps suit, la nuque se casse, et c'est tout le corps qui se déstabilise — on perd le soutien, on risque de forcer, et la vibration de la voix devient moins harmonieuse.

Un exercice simple

Pédagogiquement, partez de la forme du A : fixez-vous dans ce son avant de chanter vocalises ou airs, maintenez cette forme, puis commencez à chanter. Sur la vocalise « yé yi you ya », on sent nettement la différence entre la tenue de cette forme et son relâchement.

Pour toutes les chansons que vous aimez chanter, partez toujours de cette position de référence : elle se situe au niveau de la mâchoire, mais mobilise tout le corps. Dès que vous sentez une fermeture excessive ou une trop grande ouverture, rétablissez la géométrie du rectangle, mâchoires parallèles — un travail d'équilibre permanent au fil des chansons, un peu à la manière d'un capitaine qui tient sa barre. En pratiquant régulièrement, vous sentirez de moins en moins de lutte dans votre chant, et vos interprétations deviendront plus fluides et plus musicales.

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