L'Art du Chant

Vocalises : unifier le corps et la voix (yé yi you ya et baille)

5 février 2026

On a souvent une image un peu triste des vocalises, comme un passage obligé, quelque chose de fonctionnel et finalement un peu pénible. Pour moi, c'est tout l'inverse : ce sont des espaces privilégiés d'exploration, avec toutes sortes de mondes vocaux qui peuvent s'ouvrir à partir de sons extrêmement simples. Lorsque je travaille une vocalise, j'ai toujours l'impression de découvrir les ramifications de ma voix. L'instrument que nous sommes devient tout à coup plus lisible, plus clair, plus vivant : le corps s'active, vibre et résonne d'une manière toujours plus subtile et profonde.

Certaines vocalises permettent justement de créer une unité dans le corps entier et dans la voix — non pas en forçant, vocalise après vocalise, mais en laissant le son faire son travail. Ce qui m'intéresse dans les vocalises, ce n'est pas seulement l'échauffement vocal : c'est la possibilité de réunir toutes les zones du corps, c'est-à-dire toutes les zones de l'instrument chantant.

Deux sons fondamentaux : le I et le A

Prenons deux sons fondamentaux, le I et le A. Le I est le son de l'émission : il se situe très haut dans le corps, dans la zone d'appui entre la mâchoire supérieure et le nez. C'est surtout un son de vibration. Le A, à l'inverse, est un son d'ancrage : il engage la base du corps, jusqu'au bas-ventre, dans la zone qu'on appelle parfois la zone du cri. C'est un son qui permet d'aller jusqu'au grave et jusqu'à la profondeur de la voix.

Toute la question du chant est là : comment faire vivre ces deux extrémités dans un seul et même corps ? L'idée n'est pas d'aller de l'une à l'autre dans un va-et-vient mécanique, mais de les faire coexister en permanence.

La vocalise « yé yi you ya »

C'est la vocalise que je propose le plus régulièrement, et qui sert de fondement au travail vocal. Le son « yé » se place déjà très haut, non seulement à cause du I vibrant qu'il contient, mais aussi parce que le é est placé au-dessus de la mâchoire, très en avant — un son de direction, pas du tout un son écrasé. Grâce à ce « y », le son est guidé et mis sur orbite. Puis vient le « yi », plus vibrant encore, où le y et le i se mêlent l'un à l'autre : à travers ce son, on va au maximum de la vibration de la voix.

Le « you » ramène ensuite vers des zones plus basses et plus profondes du corps. Et enfin, le « ya » ancre — mais pas seulement : le a devient, dans la vocalise, un son de synthèse qui réunit à la fois la profondeur, la vibration et la résonance. Dans une seule phrase musicale, on retrouve ainsi toutes les qualités de la voix réunies. En enchaînant successivement ces quatre sons et en se stabilisant sur le dernier « a », on maintient une position intérieure complète : depuis cette base, on inspire à nouveau, et l'évolution naturelle ramène vers l'attaque suivante. C'est ainsi que l'on chante d'un seul corps, avec un instrument unifié et global.

Le corps fonctionne alors comme une membrane : le haut de la membrane, dans la zone de vibration du I, rejoint la base du A en passant par l'arrière du corps. Chaque sonorité résonne sur l'ensemble de cette membrane — le I n'est pas simplement étiré par le haut, ni le A simplement écrasé vers le bas : il y a un véritable mélange, un chant sur l'ensemble du corps, quelle que soit la sonorité.

La vocalise « baille »

Cette seconde vocalise permet de faire la jonction entre la base du corps et les zones de vibration en une seule sonorité, répétée sur trois notes différentes. Le B apporte une percussion, comme un poids, une impulsion vers le bas. Le A enclenche l'ancrage, la base, la profondeur. Et dans le même temps, le I enrichit le son de vibration jusqu'au sommet de l'instrument : il donne au son une nouvelle couleur, en l'intensifiant et en révélant le timbre de la voix.

Il est important d'insister sur ce I final. Beaucoup de personnes qui pratiquent cette vocalise ont du mal à aller jusqu'au bout et restent sur un son grave, un peu lourd. Le I final ramène justement cette complétude de l'instrument, ce passage par toutes ses zones.

Des portes vers de nouveaux espaces

Les vocalises ne sont donc pas des exercices purement mécaniques. Ce sont des portes qui s'ouvrent vers de nouveaux espaces de découverte. Avec des sons extrêmement simples, on peut explorer l'intégralité de sa voix, avec de nouvelles sensations, un nouveau timbre et de nouvelles couleurs.

Pour pratiquer ces vocalises avec des fichiers audio dédiés, vous pouvez télécharger ma formation gratuite, qui réunit des vidéos, un livret PDF et des audios d'exercices.